La forêt de Landsberg
 

 

PRESENTATION DE LA FORÊT

 

Propriétaire : Groupement Forestier de LANDSBERG (Groupement Forestier familial)
67 140 TRUTTENHAUSEN
tél. +33 03 88 08 96 04 - fax. 33 03 88 08 57 25

Depuis 1800 : 6 gestionnaires

Surface : 158 hectares (dont près de 25 ha improductifs)

Communes : Communes de HEILIGENSTEIN, BARR et OBERNAI

Arrondissement de Sélestat/Molsheim (67)

Forêt certifiée FSC depuis décembre 2000 et PEFC en décembre 2002

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CONDITIONS DE PRODUCTION

Région naturelle : collines sous-vosgiennes Est.

Relief
Altitude : 370 à 640 m (petite parcelle à 300 m)
Expositions principales Est et Sud, avec nombreuses petites dépressions, des pitons rocheux et des éboulis.
Pentes jusqu'à 60 %. Pas de terrain plat.

Géologie
Granite 40 %, cornéenne 40 %, grès vosgien 15 %, argiles calcaires du secondaires 5 %.

Climat
Précipitations 800 mm par an, dont 300 pendant la saison de végétation. Minimum en mars.
Température : 9°.
En raison de la situation abritée, peu de dommages de tempête, de gel…
La station est très variée et la qualité va du meilleur au pire. La diversité des stations se retrouve dans la diversité des peuplements forestiers, ce que le sylviculteur n'a pas essayé de « régulariser ».

Chasse
Exploitée par les propriétaires. Chevreuil (tir 6 - 10 animaux par an et par 100 ha), sangliers très nombreux, cerfs très rarement de passage.

Desserte
Excellente, créée avec l'aide du F.F.N. et par autofinancement : 4 km de routes camionnables et 8 km de pistes par 100 ha.

Tourisme
Très important par la proximité de Sainte-Odile et la ruine du château de Landsberg, mais sans influence ni dommage pour la gestion sylvicole.
Sentiers touristiques du Club Vosgien. Pistes VTT des circuits régionaux.

Personnel
Un bûcheron-entrepreneur-sylviculteur à temps partiel. Débardage par entreprise. Quelques travaux d'entretien sylvicole par un jardinier.

Commercialisation des bois
Vente bord de route pour le bois d'œuvre et le bois d'industrie et une partie du bois de feu. Sur pied pour une partie du bois de feu (en baisse très sensible : en 1993 quasi disparition de ce marché, reprise depuis 1999/2000).

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HISTORIQUE

Achat par les ancêtres des porteurs de parts en 1800. Jusque vers l'année 1930, la forêt de Landsberg comportait trois séries (aménagement de 1863/1983, 1901/1961 et 1933/1958) :

•  le taillis de châtaignier, pour produire des échalas de vigne, dont le marché était florissant jusque vers 1960, environ 20-25 ha

•  le taillis de chêne à écorce pour la tannerie, arrêté en 1929-30, environ 50-60 ha

•  la futaie de sapin, hêtre avec épicéa et pin, environ 80 ha.

 

Le diagramme 1 présente l'évolution des surfaces boisées en forêt de Landsberg (en ha) :

 

 

Le bois de feu était un produit de très grande importance dans le passé. Depuis cette époque (1930), les taillis, à l'exception de quelques hectares de châtaigniers, conservés et exploités en taillis simples jusque vers 1975, ont été convertis en futaie par éclaircies sélectives continues dans les peuplements contenant de bons individus, et par la plantation, après coupe, de douglas, épicéa, sapin, mélèze, chêne rouge, pin laricio, merisier, dans les peuplements peu productifs.

En raison de la nécessaire capitalisation en matériel producteur, le volume global exploité annuellement n'a pas beaucoup varié depuis le début du siècle. Mais, la proportion de bois d'œuvre est passée de moins de 25 % de la récolte totale à plus de 60 %. Entre 1920 et 1950, l'effort de régénération a été faible, ce qui induit un manque de bois moyen.

Un problème qui paraît maintenant résolu était de faire durer les « gros » bois jusqu'à l'arrivée à la production des « petits » bois.

Par la suite de l'entrée en production de jeunes peuplements, créés surtout depuis 1960, la production va augmenter nettement.

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DIRECTIVES DE GESTION

Plans simples de gestion : 1958/1973 (modifié en 1960), 1975/1985, 1986/1996, 1996/2006.

Objectifs de gestion
Recherche du meilleur revenu financier durable à l'hectare. Le volume produit étant relativement fixe, le revenu ne peut être amélioré qu'en augmentant la valeur des mètres cubes produits et en diminuant les frais.
Amélioration du matériel producteur en qualité, en volume, en stabilité et en flexibilité. Santé de l'écosystème.
Création de réserves facilement mobilisables (souplesse des récoltes !)
Aménagement d'un bon biotope pour le chevreuil.
Les préoccupations esthétiques ne sont pas absentes.

La sylviculture
Respectueuse de la nature, respectant les principes du jardinage, permet d'atteindre ces objectifs d'une manière optimale, multifonctionnelle globale :

Principe 1 : durabilité de l'écosystème, son fonctionnement en continu :
•  pas de coupe à blanc étoc
•  utilisation d'essences en station, ayant un bon rendement économique
•  éviter les dommages d'exploitation
•  essai d'équilibre gibier/flore (non atteint).

Principe 2 : gestion individuelle de l'arbre :
•  recherche des meilleurs producteurs qui sont systématiquement favorisés
•  récolte des arbres au diamètre objectif (variable selon l'essence, la station et la qualité)
•  priorité à la production (fonctionnalité) par rapport à la régénération
•  l'irrégularisation n'est pas un but en soi, mais elle est la conséquence des interventions ponctuelles en faveur des meilleurs individus, comme de l'élimination des médiocres,
•  « l'automation de la production biologique » permet de diminuer les frais d'entretien et de renouvellement du matériel producteur,
•  une structure irrégulière améliore la stabilité et la flexibilité . Elle augmente la souplesse et la liberté du propriétaire.

Selon le cas :
•  le sylviculteur va dans le sens de l'évolution naturelle de la forêt : exemple de la hêtraie
•  il veut revenir à des stades moins évolués : exemple du pin ou du chêne dans la hêtraie
•  il accélère l'évolution par plantation
•  il la ralentit par des « perturbations »
•  il enrichit la production « naturelle » par des introductions d'autres essences adaptées à la station, ne transformant pas l'écosystème (notamment douglas, mélèze d'Europe, pin laricio de Corse).

Les objectifs seront atteints par une rationalisation :
Biologique  : faire faire par la nature le maximum d'opérations : régénération, éducation, sélection (automation biologique !). Diminution des frais sylvicoles.
Technique  :
- renoncer à l'écorçage
- vendre au poids (accepter les réceptions usine)
- produire le plus possible de bois de belle qualité et de gros diamètre. Tous les gros bois ne sont pas des bois de valeur. Mais tous les bois de valeur sont gros.

Ces objectifs sont :
•  moins de 5 heures par ha/an pour toutes les opérations et moins de 1 heure/ha/an pour la sylviculture
•  moins de 1 plant/ha
•  production de 2/3 de bois d'œuvre.

Compte tenu de la mauvaise ou médiocre qualité de nombreux peuplements - anciens taillis -, ces objectifs sont encore très loin d'être atteints. On plante 15 à 20 plants/ha/an (sur la surface totale).

La coupe intervient à la rotation de 7 ans (5 ans pour les jeunes peuplements à forte croissance).

La coupe prélève :
- les arbres « mûrs », c'est-à-dire ayant donné le meilleur d'eux-mêmes, ayant atteint la dimension d'exploitabilité ou qui risquent de se déprécier avant la prochaine récolte (RECOLTE)
- les arbres gênant de meilleurs qu'eux (ECLAIRCIE-AMELIORATION)
- les arbres dont l'enlèvement favorise ou permet la régénération . Des arbres sans valeur, qui ne gênent pas, sont réservés.

Lorsqu'il y a contradiction entre plusieurs critères de prélèvement, c'est toujours la fonction de production individuelle qui a la priorité. Un beau producteur n'est donc pas enlevé pour dégager les régénérations.

Pour la biodiversité et l'esthétique, quelques très gros bois, même de mauvaise qualité, sont conservés ainsi que des arbres à cavités et des arbres morts.

Les régénérations restent le plus longtemps possible à l'abri des meilleurs producteurs : la qualité, la résistance, la vitalité des recrus sont améliorées, les frais d'entretien sont diminués et le propriétaire profite de l'accroissement en valeur des gros arbres, très souvent sous-estimée. La durée de production apparente des gros bois est diminuée.

Il n'y a aucune recherche de régularisation et toute notion d'âge ou de révolution est oubliée. Seules comptent la qualité, la grosseur, la vitalité des arbres.

Le gestionnaire ne se laisse enfermer dans aucun schéma et garde une totale liberté basée sur l'observation et la responsabilité. Il « colle » à l'imprévisibilité de la nature et la dirige doucement vers la plus grande « utilité » pour le propriétaire et pour la société. La connaissance des lois écologiques permet plus de souplesse dans la gestion. Une diversité des structures forestières améliore la richesse du peuplement, sa stabilité ainsi que sa flexibilité.

L'unité de gestion est la parcelle, et lorsqu'elle vient en tour, la totalité de sa surface est parcourue. Par contre, l'unité d'intervention est le peuplement, même s'il ne s'agit que d'un très petit bouquet ou même de l'arbre individuel. En conséquence, les interventions varient dans la même parcelle en fonction des peuplements et des stations.

La relative rapidité de rotation des coupes permet de ne prélever qu'un volume restreint à chaque passage, de l'ordre de 15 % du matériel sur pied, et permet l'observation de la réaction naturelle, en attendant les prochaines interventions.

 

 

Actuellement, la récolte est de l'ordre de 900 m 3 /an, soit 6 m 3 /ha/an, dont près de 500 de bois d'œuvre, se répartissant en 150 à 200 m 3 de feuillus et 300 m 3 de résineux. Le prélèvement en éclaircie est en moyenne situé entre 35 et 50 m 3 /ha (volume aménagement bois fort, y compris chauffage). Mais il est prévu d'augmenter nettement cette récolte au cours des prochaines années.

Coupes depuis 1952, environ 42 000 m 3 (plus que ce qu'il y avait en 1952), soit 840 m3/an = 5,3 m3/ha/an sur 158 ha.
Chablis 1999 : environ 2,5 à 3 possibilités en sapin. Faibles dans d'autres essences. Chablis dans toutes les parcelles, mais pas de grandes trouées.

Coupe d'éclaircie mécanisée dans tous les peuplements de douglas de plus de 25 ans en hiver 2002 (environ 50 stères/ha).

 

Contrôle de gestion
Il est évident qu'une telle sylviculture peut être menée sans contrôle ainsi que cela se passe très bien dans de nombreux taillis sous futaie ou futaies jardinées. Toutefois, pour se rapprocher de l'optimum des résultats, il est indispensable, pour contrôler la sylviculture, de se séparer des mesures de surfaces, puisque les peuplements ne sont plus distingués d'après leur âge ni leur essence.

C'est le volume producteur qui est l'objet des contrôles.

Un certain nombre de parcelles ont été inventoriées intégralement depuis 1931 et continuent de l'être. La méthode du contrôle y est appliquée normalement, et ces parcelles sont des références pour la conduite de l'ensemble.

La nécessité d'enrichir étant évidente lors de ces dernières décennies, il n'a pas été réalisé d'inventaire global jusqu'en 1987.

En 1987, un réseau de 96 placettes permanentes, circulaires, de 4 ares, a été mis en place. Cette méthode, où tous les arbres inventoriés et localisés, d'après leurs coordonnées polaires par rapport à un centre fixe, sont connus et notés d'après leur essence, leur grosseur, leur qualité, leur vitalité et leur position sociale, permet de répondre à beaucoup de questions se posant quant à la dynamique des peuplements et aux réactions des individus.

Avec un prélèvement de 6 m 3 /ha, le taux de récolte est de près de 2,5%, ce qui indique une rotation du matériel en 40 ans, ce qui est le signe d'une entreprise en phase d'investissement.

Un deuxième inventaire par échantillonnage a été réalisé en août 1998, comportant deux placettes concentriques : sur la placette intérieure, de deux ares, tous les arbres à partir de D 1,30 = 10 cm ont été comptés, sur la placette extérieure de 6 ares seules les tiges de 30 cm et plus sont inventoriées.

En 1998, nous n'avons plus noté la vitalité ni la position sociale, mais la qualité a été appréciée comme en 1987. En outre, la régénération a été évaluée, et classée en hauteurs de 0-1 m, 1-3 m, 3-5 m et ³ 5 m. Le pourcentage d'occupation a été noté.

Résultats économiques (sans intégrer l'amélioration du matériel producteur ) (1999 : dernière année « normale » avants chablis)


Formation des hommes
Les opérations étant un peu plus délicates que celles de l'exploitation d'une coupe à blanc étoc ou de la plantation et les dégagements d'une plantation monospécifique et équienne, il est nécessaire que tous les intervenants, depuis le propriétaire et/ou le gestionnaire jusqu'au bûcheron et au débardeur, disposent d'une certaine technicité, et avant tout de la conviction et de la continuité. Il est donc important d'expliquer, et, de payer le bon travail et la qualité.

Il est faux toutefois de comparer la coupe « jardinage » à la seule coupe à blanc de la forêt équienne ; toutes les opérations de cette futaie sont à prendre en compte, premières éclaircies comprises. Cette comparaison montre que le volume de l'arbre moyen exploité en jardinage est nettement supérieur à celui de la récolte globale en futaie équienne : le coût de l'exploitation d'un mètre cube diminue donc grâce au jardinage.

Equipement
Un réseau performant de pistes et de chemins est nécessaire pour récolter sans dommages excessifs des produits assez dispersés.

L'exemple des forêts de haute montagne prouve, par contre, que le jardinage peut aussi être pratiqué avec un réseau très sommaire, puisque le volume moyen par tige de la récolte, donc la valeur moyenne du m 3 récolté est très supérieure en jardinage qu'en futaie équienne à courte révolution.

Gibier
Une futaie irrégulière offre aux animaux un très grand nombre de niches écologiques, et peut donc, théoriquement, accueillir une densité de gibier supérieure à la futaie régulière.

Toutefois, étant donné le très faible nombre de jeunes tiges dont se contente la futaie irrégulière, celle-ci est très sensible à une surdensité de phytophages, qui, très rapidement, peut la déstabiliser. Le fusil et la carabine sont donc des outils de sylviculture tout à fait indispensables lorsque les grands prédateurs ont été éliminés.

La densité d'animaux présents en forêt de Landsberg est toutefois très supérieure à la capacité d'accueil du milieu végétal, malgré la richesse de ce dernier. Il faut dire que le tir des animaux devient d'une difficulté extrême, car en raison de la forte présence humaine, promeneurs, chasseurs, VTT, mais aussi de la présence de régénérations très étendues empêchant la vue sur de grande distances, leur approche est difficile sinon impossible.

 

 

Paysage
La sylviculture respectueuse de la nature façonne des paysages agréables, aussi bien vus de l'extérieur que de l'intérieur.

La conservation du paysage va tout à fait dans le même sens que la recherche d'une bonne efficacité économique.